
J'avais 17 ans la première fois que j'ai entendu parler du bébé signe. C'était dans un CMP parisien, lors d'un stage, dans une unité où des personnes sourdes et entendantes évoluaient ensemble.
Je regardais ces enfants communiquer avec leurs mains, ces bébés qui très tôt signaient, j’ai été très surprise.
C’était la première fois que j’entendais parler de ce qu’on appelle la communication gestuelle associée à la parole, et j’ai eu une seule pensée : mais pourquoi tout le monde ne fait pas ça ?
Vingt ans plus tard, je sais pourquoi.
Parce qu’entre la découverte de l’outil “bébé signe” et le moment où on ose vraiment se lancer, il y a un chemin.
Un chemin semé de doutes, de « oui mais… », de regards sceptiques de l’entourage, de questions qu’on n’ose pas toujours poser à voix haute.
Ces freins, je les entends dans chaque atelier de communication enrichie par les signes que j’anime.
Ils reviennent, toujours les mêmes, chez des parents et des pro pourtant dans des contextes très différents.
Aujourd’hui je veux débunker ces croyances limitantes, une par une, grâce à tout ce que j’ai appris en vingt ans, auprès de mes quatre enfants et des dizaines d’équipes de crèches que j’ai formées.
"Ça va retarder la parole"

C’est la peur la plus fréquente. Et je la comprends. On imagine un bébé tellement occupé à communiquer avec ses mains qu’il n’aurait plus aucune raison de s’embêter à parler.
La réalité, c’est exactement l’inverse.
L’utilisation des signes ne remplace pas la parole il la précède et la stimule.
Parce que quand on signe avec un bébé entendant, on ne se tait pas.
On parle et on signe en même temps. On nomme, on répète, on met du sens sur chaque geste.
On enrichit le bain de langage au lieu de l’appauvrir. Ce que j’ai observé, et que les recherches confirment ,c’est que les enfants qui ont signé parlent souvent plus tôt, plus clairement, avec un vocabulaire plus riche. Parce qu’ils ont eu, dès les premiers mois, un outil pour vouloir communiquer. Et cette envie-là, elle ne disparaît pas quand les mots arrivent, elle les appelle.
Ma fille aînée a signé bien avant de parler. Quand les mots sont venus, ils sont arrivés comme une évidence, comme si elle savait déjà exactement ce qu’elle voulait dire, et qu’il lui manquait juste l’emballage sonore.
"C'est compliqué à apprendre"

Beaucoup de parents imaginent qu’il faut maîtriser la langue des signes française LSF pour se lancer. Qu’il faut être formé, rigoureux, régulier, et produire des signes parfaits.Pas du tout.
On fait du mieux qu’on peut mais personne n’attend qu’on signe parfaitement, et certainement pas nos bébés!
Utiliser des signes issus de la LSF pour communiquer avec son bébé demande la régularité et la cohérence, pas de la perfection.
Quelques signes du quotidien suffisent : manger, dormir, encore, fini, doudou.
C’est largement assez pour créer un espace de communication partagée. Et les bébés sont bien plus indulgents qu’on ne le croit.
Ils comprennent nos maladresses. Ils créent parfois leurs propres variantes, leurs propres signes pour des choses qu’on n’avait même pas pensé à leur montrer.
Ce qui arrive souvent, c’est qu’on loupe les premiers signes. On croit que le bébé s’est juste gratté. Et puis un jour on percute, cet enfant faisait ce geste depuis des jours voir des semaines, et on ne l’avait pas vu.
Ce moment où on réalise que notre tout petit cherche à échanger avec nous est MAGIQUE!
C’est l’un des plus beaux souvenirs que je garde et beaucoup de parents en témoignent aussi.
"Ça va rajouter de la charge mentale"
Quand je propose une formation pour mettre en place l’outil bébé signe en structure, je vois parfois une petite crispation de certains pro qui au départ n’étaient pas en demande.
Une chose de plus à penser. Une technique à maîtriser. Un truc à ne pas rater.
Je les comprends, j’avoue que je le répète souvent, avec un bébé on a déjà tellement de choses à penser alors avec plusieurs!!
Les premiers mois, les premières années avec un bébé ne manquent pas de sollicitations.
La vérité c’est qu’au début, oui, ça demande un peu d’attention.
Comme toute nouvelle habitude à prendre il faut y penser!
Mais une fois que quelques signes du quotidien sont intégrés, ça prend quelques semaines, ils s’ajoutent à la routine et deviennent aussi naturels que préparer le sac ou vérifier la température du bain.
Et ce que ça donne en échange est bien réel.
Moins de pleurs non identifiés. Moins de frustration de part et d’autre.
Un enfant qui sait qu’on l’écoute vraiment, et qui met son énergie à se faire comprendre plutôt qu’à crier pour exister.
En crèche, les équipes que j’ai formées me font souvent le même retour : le volume sonore dans la salle a baissé. Pas parce que les enfants sont moins vivants, parce qu’ils ont moins besoin de crier pour être entendus.
"Les autres ne vont pas comprendre mon enfant"
Il y a souvent une confusion ici entre communiquer et se faire comprendre de tout le monde.
Ce n’est pas la même chose, et cette distinction change tout.
Le bébé signe est un outil de transition, un pont entre la période où le bébé comprend tout mais ne peut encore rien produire vocalement, et le moment où les mots parlés arrivent.
Il n’a pas vocation à devenir le langage principal de l’enfant.
Il est là pour traverser cette fenêtre et la rendre moins frustrante, plus riche.
Ce que les signes issus de la LSF offrent à l’enfant, c’est une expérience précoce de communications réussies.
Et cette expérience-là change profondément la façon dont ils abordent les échanges avec les autres, avec les mots, avec le monde.
Je pense souvent à ce jour où ma fille aînée a regardé ses grands-parents et signé “musique”. Ils étaient assez sceptique de me voir signer autant avec elle.
Ils ne connaissaient pas le signe. Ils ne savaient pas exactement ce qu’elle voulait dire. Et pourtant quelque chose de beau s’est passé, parce qu’ils l’ont compris elle.
Sa joie, son envie de partager, son élan vers eux, c’était super touchant.
La complicité ne passe pas toujours par les mots. Parfois elle passe par le geste, le regard, et l’intention derrière.
Tout ça est facilité par la communication enrichie par les signes.
"Mon enfant est trop petit / ou trop grand"

Les signes apportent un plus à tout âge!
En structure d’accueil petite enfance on l’observe bien… Les enfants ont un rythme différent mais tous en profitent.
Pour les plus petits : les bébés produisent leurs premiers signes visibles entre 6 et 10 mois en général. Mais on peut commencer à signer dès la naissance. Parce que ce qu’on construit dans ces premiers mois, ce n’est pas encore un vocabulaire, c’est une posture. Une façon de se mettre à la hauteur de l’enfant, de vérifier qu’il regarde avant de lui parler, de ralentir, de nommer, d’observer. Ces habitudes, prises tôt, font que le signe, quand il arrive, s’inscrit dans quelque chose de déjà vivant entre vous.
Pour les plus grands : des parents me contactent parfois avec des enfants de 2 ou 3 ans en me demandant si c’est trop tard. Ce ne l’est jamais. À cet âge, les signes deviennent autre chose, un jeu, un code partagé, une façon de nommer les émotions ou des situations complexes que les mots peinent encore à décrire. Les enfants restent très sensibles au mouvement, à l’imitation, au plaisir de faire ensemble. Et les frères et soeurs se réapproprient presque toujours les signes avec un enthousiasme que les parents n’avaient pas anticipé.
Mes quatre enfants ont grandi avec les signes. Quand les petites dernières sont arrivées, les grands les ont repris naturellement, comme s’ils avaient attendu l’occasion de les transmettre à leur tour.
Ce que je veux vraiment te dire...
Tu te reconnais dans une de ces peurs, c’est normal. On ne veut pas se tromper, pas perdre de l’énergie et du temps pour “rien”, bref pas ajouter quelque chose d’inutile à une vie déjà bien remplie.
Mais voilà ce que vingt ans m’ont appris : le bébé signe n’est pas une méthode de plus à appliquer.
C’est une invitation à changer de posture. À ralentir. À regarder vraiment ce que ton enfant cherche à te dire ,bien avant qu’il ait les mots pour le faire.
Et cette invitation-là, une fois acceptée, ne repart pas. Elle reste dans la façon d’être ensemble, longtemps après que les mains se sont posées. Au fil des années qui passent… Elle est une base de votre relation.
Tout ce que j’ai observé, expérimenté avec mes enfants, affiné au fil des formations, je continue de le partager , en ateliers, en formations, et ici sur ce blog.
Parce que la communication enrichie par les signes, la communication gestuelle associée à la parole, le bébé signe ,appelez ça comme vous voulez, mérite d’être connue bien au-delà des familles qui tombent dessus par hasard.
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Pour aller plus loin
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Je suis Laëtitia Boivin, formatrice bébé signe et communication enrichie par les signes (CES) et éducatrice Montessori. J’ accompagne familles et professionnels de la petite enfance depuis plus de 20 ans, depuis la Nièvre et en ligne. Tu peux aller lire le dernier article du Journal du centre à propos de mes ateliers .

